Petits riens

04 avril 2020

Journal du lapin

J'ai préparé un document open office en y incluant des photos, et ceci  pour mes neveux et nièces. Et puis le fichier était trop lourd pour l'envoyer de ma boite mail. Alors je vous l'envoie ici. Un peu infantile peut-être...

 

Mardi 24 mars, huitième jour de confinement

 

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Bon ! Ça commence bien ! Elle n'est pas douée ma propriétaire provisoire. Elle ne peut pas trouver le moyen de me mettre à l'endroit ?

Je confirme : propriétaire provisoire. J'appartiens à des enfants, pas à une vieille tata de 50 ans !

 

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Dans l'autre sens, mais toujours pas à l'endroit !

 

A côté de moi, c'est une corde à sauter que ma propriétaire a achetée hier, au Monoprix, mais à l'heure du déjeuner (pour qu'il n'y ait pas trop de monde). Un employé de Monoprix l'a aidée à trouver la corde. Il l'a fait monter avec elle dans l'ascenseur réservé au personnel. Elle n'a pas parlé pendant le trajet et elle a gardé son «masque» fait maison.

 

La corde, c'est pour faire du sport dans la cour. 

 

 

 

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Hum … elles sentent bon ces fleurs.

 

Quoi ?

 

Je ne vous entends pas.

 

Quoi ? Elles sont fausses dites-vous...

 

Et alors ? Elles sentent bon quand même. Que connaissez-vous de l'odorat des marionnettes ?

 

 

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Ma tenue pour sortir. Vous aimez ? Je suis joli comme ça, n'est-ce pas ?

Joli ou jolie. Je suis peut-être une fille. Que connaît-on des marionnettes ? Il y a beaucoup de mystères autour de notre existence.

 

Je ne suis pas bête. Je suis un lapin, mais je ne suis pas bête. Juste un animal.

Je sais très bien que Corona n'est pas dans l'air. Et puis qu'à force de garder un truc devant la bouche et le nez, on se contamine soi même. Je mets juste le foulard devant moi si je dois parler à quelqu'un, flic ou voyou.

(Excusez-moi les enfants. Je sais, vous n'allez pas comprendre la référence. Pas de votre âge).

 

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Ça, vous reconnaissez ?

C'est une chaussette que je mets sur ma main quand j'ai besoin de toucher quelque chose en sortant, le bouton pour sortir de l'immeuble ou pour ouvrir la grosse porte d'entrée bleue dans la cour. Ensuite, pour ranger la chaussette dans ma poche, je la retourne précautionneusement. Je ne la garde pas sur ma main, ce serait un peu irréfléchi. Je risquerais de la contaminer en touchant mon visage par exemple. Je vous l'ai dit, je suis un animal, mais pas bête.

 

Ce qui est un peu compliqué, c'est l'ouverture des portes avec le reste de mon corps : mon dos, mes bras, mes jambes et mes pieds.

Surtout mes jambes et mes pieds...

N'oubliez pas, je suis une marionnette. Qui plus est, une marionnette à gaine. Vous ne savez pas ce que c'est ? Regardez sur Internet !

 

Bon allez ! C'est fini pour aujourd'hui. Ma propriétaire a plein de choses à faire. Il faut qu'elle arrête de procrastiner !

Procrastiner ?

Ça veut dire remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour même.

A bientôt, et n'hésitez pas à me dire si vous trouvez eds fautes d'orthaugraphe. Non, pardon, des fautes de frappe ! Il faut dire que je ne vais plus à l'école depuis quelques jours à cause de ce maudit Corona. Et j'ai déjà oublié plein de choses.

 

Allez ! À +

 

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22 mars 2020

Dimanche 22 mars

Premier dimanche de confinement. Il est 14 heures 08. J'ai tapé, sur You Tube, play list spéciale confinement. La voix de Nino Ferrer sort de l'enceinte bluetooth. On dirait le Sud, le temps dure longtemps … un jour ou l'autre, il faudra qu'il y ait la guerre … on dit c'est le destin … tant pis pour le Sud, c'était pourtant bien, on aurait pu vivre, plus d'un million d'années, et toujours en été.

 

 

A la télévision, tout à l'heure, un mini reportage sur une plage de la Côte d'Azur, à Nice peut-être. C'était il y a deux jours ou trois jours. Une femme allongée sur un un petit matelas. Elle est seule. Pas de voisin autour. Elle répond aux journalistes. Elle ne voit pas où est le problème. Je ne le vois pas non plus. Et alors ? Elle respecte la distanciation sociale. Le seul problème, ce sont les journalistes présents.

 

 

A la télévision encore, des images des bords de Seine, avec des passants. Je n'ai qu'une peur. Avoir été filmée à mon insu et apparaître sur l'écran. Cétait le deuxième jour. Cela me paraît une éternité. J'avais mis ma tenue de sport. J'étais sortie avec mon autorisation, écrite à la main, puis photocopiée. J'avais coché deux cases :

déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l'activité physique etc etc

déplacements pour effectuer des achats de première nécessité etc etc

J'ai marché dans la rue du faubourg du temple, quasi déserte. Le long des trottoirs, des rideaux de fer baissés. A la République, je suis arrêtée par un jeune fonctionnaire de police. Je remonte mon foulard sur mon nez et ma bouche. Il me dit que cela ne sert à rien. Je lui réponds :

  • C'est pour vous protégez.

  • Oui, mais le tissus ça ne sert à rien.

Il me dit alors que mon papier n'est pas réglementaire car j'ai coché deux cases.

  • Je vais marcher mais, si en passant, je trouve un magasin de fruits...

  • Non, ce n'est pas bon.

  • Ah bon ? Pourquoi ?

  • Quand les gens en auront marre de recopier ce texte, ils arrêteront de sortir.

  • Et quelle distance est-ce que je peux faire ?

  • Un kilomètre.

  • Au revoir, bonne journée.

  • Bonne journée.

Un kilomètre ? Et si j'allais jusqu'à la Seine en passant par la rue des Archives et l'Hôtel de Ville ? Ca doit faire à peu près un kilomètre. Peut-être un peu plus. Si je me fais arrêter, je jouerai les naïves. Vous savez, j'ai 55 ans, je n'ai pas le réflexe smartphone. Je marche dans des rues désertes. Il fait beau. Avec les rares passants, on s'évite, on se laisse passer, on respecte les distances de sécurité. Sur les quais de Seine, un peu plus de monde. Juste un peu plus. Tellement moins qu'habituellement. Les distances sont faciles à respecter. Je m'assois sur des vélos immobiles installés le long de la Seine. Je pédale. Le président a dit qu'il fallait faire du sport. Le soleil se reflète sur le fleuve. A ma droite et ma gauche, d'autres femmes, entre deux âges, comme moi. A plus d'un mètre les unes des autres. Ma voisine de droite me parle.

  • Il faut pédaler. Tout à l'heure, j'étais assise sur le banc et les policiers n'ont dit que ce n'était pas possible. Il faut être en mouvement. Ils ont quand même laissé le SDF.

  • Ah bon. Il y avait un petit vieux tout à l'heure sur un banc. J'espère que ça, c'est possible.

Et, quelques minutes après, elle me dit encore :

  • Il faut faire du sport, pour éviter les dépressions, les suicides … ils y ont pensé.

  • Oui, c'est bien possible.

Je finis par me lever. Je dis au revoir à a compagne de vélo et je continue ma route. Je passe par les rues du Marais. Je dirai que je me suis perdue. Pas grand monde. Je prends des photos. Je rentre dans une pharmacie pour acheter de l'homéopathie. Je discute avec le pharmacien qui me donne raison par rapport au foulard. Plus tard, je rencontre un autre barrage policier. Je remets mon foulard devant la bouche et le nez. Deux femmes cette fois. Je montre mon papierà l'une d'elles. Elle voit mon papier en noir et blanc avec du stylo bleu pour les parties variables.

  • C'est une bonne idée le Tippex... je vais le dire à ma fille.

  • Je n'ai pas mis de Tippex, j'ai juste écrit en bleu après la photocopie.

  • C'est une bonne idée quand même. Je vais le dire à ma fille.

Je lui explique ensuite pourquoi j'ai coché deux cases.

  • Vous avez bien raison.

  • Au revoir, bonne journée.

  • Bonne journée.

C'était le deuxième jour de confinement. C'était il y a si longtemps. Je ne savais pas que les gens qui étaient sur les bords de Seine seraient montrés du doigt.

 

 

N'empêche, le deuxième jour de confinement, j'ai réussi à parler à quatre personnes en face à face. A un peu plus d'un mètre mais en face à face quand même.

 

 

A C'hebdo, une ancienne miss France montre comment on peut faire du sport avec deux bouteilles de vin en guise d'haltères. Je préfère essayer avec des bouteilles d'eau. Pas de risque de casse.

 

 

Il y a deux jours, à l'exterieur d'une résidence ouverte sur le canal Saint Martin. Une mère est là avec ses deux enfants. Elle fait de la corde à sauter. Elle s'arrête :

  • Ne touche pas au pain.

Elle continue à sauter puis s'arrête de nouveau. Cette fois, sa voix monte dans les aigüs. Elle est presque hystérique :

  • Laisse ce pain je te dis ! Tu ne t'es pas lavé les mains !

 

 

Je repense à ma voisine de vélo et à ce qu'elle m'a dit sur les suicides. Je me souviens de mon cours de sociologie, à Jussieu, en UV optionnelle. Max Weber (ou un autre, mais je crois bien que c'était lui) … Max Weber a montré qu'il y avait moins de suicide en temps de guerre. Son explication ? Il y a plus de cohésion sociale.

 

 

Je crée un nouveau blog que j'appelle Journal de distanciation mais j'ai un problème technique. Je publie ce billet en double, sur le nouveau blog et sur mes Petits riens.

 

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14 février 2020

Nouvelles

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Photo prise lors d'une exposition à Marseille (maison de l'Artisanat)

 

Vendredi 14 février. La Saint Valentin. Ce n'est pas pour cela que j'écris aujourd'hui. Juste un hasard. Cela fait longtemps que je veux reprendre ce blog. J'ai relu certains de mes billets précédents. Je m'y plains du manque de temps dû à mon métier d'enseignante, en primaire. Maintenant j'ai du temps. Je ne suis pas encore à la retraite (dans 10 ans peut-être, à moins d'une nouvelle réforme d'ici là). Je suis en arrêt. En arrêt "maladie". Pourtant, je ne suis pas malade.

J'ai été victime de violences sur mon lieu de travail.

Mais je vous rassure. Je vais bien. Je vais bien maintenant. Je suis passée par des moments terribles. Mais je vais bien maintenant, avec de nouveaux projets professionnels. J'écris aussi, Ce n'est pas un projet, je le fais réellement. J'ai besoin de donner une forme "littéraire" à ce qui m'est arrivé récemment. Je ne sais pas encore ce que je ferai de mon texte lorsqu'il sera terminé. Pour le moment, l'important, c'est de l'écrire.

Et, maintenant que je vais bien, j'ai l'intention de venir vous voir régulièrement. 

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09 novembre 2019

Exposition (2/2)

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Je suis donc allée voir l'exposition Degas avec des amies. Nous n'avons pas fait la visite toutes ensemble mais par paires ou groupes de trois. De temps en temps, nous avons croisées les unes ou les autres.

Devant La petite danseuse de quatorze ans, nous nous sommes toutes retrouvées. Nous avons lu les commentaires à côté de l'oeuvre. Un homme de l'époque a parlé d'elle en la traitant de vicieuse. Incompréhension de notre part à toutes. On l'a bien regardée 

- Elle a juste l'air un peu espiègle.

- Elle me fait penser à Fifi Brindacier.

On a lu aussi que l'original était en cire et exposé à Washington.

- Elle, elle n'est pas en cire ?

- Mais si, c'est ce qui est écrit.

- Mais non, c'est du bronze. Regardez la couleur. C'est du bronze non ?

Aucune d'entre nous n'a pensé à aller relire le texte du commentaire. Finalement, c'est plus facile de discuter que de lire 

A la fin de l'exposition, j'ai acheté un livre de poche, Camille Laurens, La petite danseuse de quatorze ans. Je l'ai terminé. La vérité est bien loin de l'image d'Epinal que l'on a sur les petits rats de l'Opéra. Elle est bien loin de ce que je pouvais imaginer, petite fille.

L'autre jour, j'étais bien installée dans mon fauteuil crapaud et je lisais le passage sur l'oeuvre première, celle en cire avec des cheveux en crin de cheval (ensuite plusieurs bronzes ont été moulés). Le passage du livre fait plusieurs pages. Passionnant ! A l'époque de Degas, cette matière pour une œuvre d'art a choqué. Des poupées étaient en cire. Des moulages de visages de cadavres étaient en cire. Pas une œuvre d'art. Je me suis arrêtée dans ma lecture pour voir à quoi elle ressemblait et je suis naturellement allée sur Internet. Rien. Plein d'images bien sûr, mais aucune sur la statue originale. Rien non plus dans un livre que j'ai à la maison.

 Alors ? Est-ce que La petite danseuse de l'exposition est en cire ou est-ce elle du musée d'Orsay ? A quoi ressemble l'originale et où peut-on la trouver sur Internet ? Si vous avez une réponse, je suis preneuse.

 

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24 octobre 2019

Exposition (1/2)

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Le premier dimanche du mois, alors que les musées nationaux sont gratuits en France, je suis allée voir l'exposition Degas et l'Opéra avec des amies. Il y avait du monde, forcément, mais cela n'a pas gâché ma visite. Et puis je savais qu'avec ma carte d'enseignant je pourrais y retourner quand je voulais.

J'ai revu certains tableaux qui avaient traversé mon enfance.

Mes parents n'avaient pas une collection particulière avec plusieurs Degas... non … non... je n'ai pas eu de parents milliardaires. Ils possédaient juste un très beau livre du peintre avec de bonnes reproductions. C'est un livre où chaque photo d'une œuvre est collée sur une page indépendante. Le tout est rangé dans une sorte de coffret.

Je me souviens avoir passé beaucoup de temps à le regarder. Je passais rapidement les peintures dont le sujet étaient les chevaux. C'était les femmes et les danseuses qui me plaisaient.

J'ai récupéré le livre, je l'ai encore chez moi mais je ne le regarde plus.

Pendant l'exposition, j'ai vraiment eu du plaisir à voir pour de vrai, certaines peintures qui m'étaient familières. Je me disais Tiens celle là je la connais ! Celle là aussi ! Je me suis souvenue avoir particulièrement apprécié les pastels lorsque j'étais enfant ou adolescente. C'était encore le cas à l'âge adulte. Et l'intérêt de l'exposition n'était pas que visuel, même si la beauté des tableaux m'a vraiment touchée. Il y avait aussi tout ce que l'on pouvait imaginer de l'univers de l'Opéra à l'époque de Degas. Par exemple, je savais que certains hommes avaient leur danseuse. Une connaissance, un savoir comme on peut en avoir d'autres, sans y réflechir vraiment. Et là, la réalité m'est apparue de façon crue, tout particulièrement à travers un tableau. On y voit une homme d'âge mûr, avec un regard libidineux, et, à côté de lui, des petites danseuses toutes jeunes.

Avant d'écrire ce billet, je rouvre le livre qui était chez mes parents (cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps). Je grapille, ici ou là, certaines phrases des commentaires. Tout paraît enjolivé, la réalité de ces petites danseuses passée sous silence. Je cherche la date de parution du livre.

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19 octobre 2019

Vacances

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Premier jour de vacances. Je les attendais. Non pas que j'ai choisi le métier d'enseignant pour les vacances, loin de là. Je ne les aime pas particulièrement (j'ai besoin d'être dans l'action). Mais, en cette période, cette année, j'en ai vraiment besoin.

Je me suis réveillée tôt en ce premier jour de congé, à 7 heures, comme d'habitude. Je suis restée un peu dans mon lit, à penser (à l'école, je l'avoue, mais mes pensées étaient constructives et suffisamment détachée). Et puis, après mon petit déjeuner, j'ai eu envie d'écrire pour ce blog. Écrire, c'est ce qui me manque le plus pendant les périodes scolaires. J'ai du mal à trouver l'énergie et le temps nécessaire pour cela. Je rêve de plus en plus souvent de prendre un congé de l’éducation nationale pendant un an ou plus. Et puis trouver un emploi plus simple. Être une simple exécutante. Rentrer le soir et n'avoir plus rien à faire. Le week-end, oublier le travail. Mais je sais que le salaire que je pourrais avoir serait plus faible. Et puis j'ai peut-être un vision idéale de certains autres emplois.

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22 septembre 2019

Cinéma

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Vendredi 20 septembre

Au cinéma.

A un moment du film, une voix féminine fait des commentaires. Comme par réflexe, je me penche en avant pour savoir d'où cela vient. Je vois une femme seule. Elle n'a pas l'air toute jeune. Cela correspond à la voix. Ma voisine de devant a remarqué mon mouvement et elle se tourne vers moi avec un regard et un petit sourire qui semblent dire  : «elle est embêtante ».

Le récit progresse. La femme se remet à parler. Je ne suis pas plus gênée que cela. Un petit peu mais pas trop. C'est sûr, cela me sort un peu du film mais je vieillis et je deviens sans doute plus tolérante. Et puis ce serait deux personnes plus jeunes qui parleraient ensemble, cela m'agacerait davantage. Là, je ressens une sorte de tendresse pour cette femme. Elle est comme en famille avec nous, comme devant sa télé.

Ma voisine de devant finit par se pencher vers elle et lui demander de se taire. On n'entend plus de commentaire jusqu'à la fin du film.

Les lumières se rallument. La femme se lève. Elle a une canne et elle est toute voutée. Je peux voir qu'elle est vraiment vieille. Elle regarde la salle, les gens encore assis. Elle ressemble à une petite fille prise en faute.

Elle me fait de la peine.

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16 septembre 2019

Champs Elysés

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Dimanche 15 septembre.

 

Un temps de plein d'été. Des gens en tenue légère dans la rue.

Aux Champs-Elysées, en fin de journée, vers 7 heures du soir.

Il y a une pharmacie ouverte 24 heures/ 24. J'ai un achat à y faire. En sortant, je marche dans la partie boisée de l'avenue (et sans magasin).

 

Je passe par un premier jardin. Il y a une fontaine avec trois statues de petits garçons dont l'un est entouré d'un drap. Ils ressemblent à des angelots sans ailes (et avec un sexe). Juste à coté, une femme asiatique prend des fleurs en photo. Elle prend son temps. Elle sourit. Son bonheur apparent est communicatif.

Sur un banc et sur des buissons, une veste de pluie, un pantalon et un grand tissus comme mis à sécher (ce dernier me semble d'une couleur proche de celle des parasols d'un restaurant juste derrière). Je me demande si c'est un SDF qui a mis ses affaires ici. Un peu plus tard, un homme vient les ramasser. Il est habillé proprement en jean et en T-shirt.

A la sortie du jardin, une femme tente de prendre en photo un pigeon qui fait le cochon pendu. L'oiseau tombe. Je ne sais pas si elle a eu le temps de prendre le cliché.

 

Je passe par un deuxième jardin où je m'asseois dans l'herbe comme d'autres personnes. Posée au milieu du gazon, une grande statue d'homme. Il se tient bien droit, tranquille, le regard loin devant lui. Il semble veiller sur le jardin sans vouloir déranger personne. A ses pieds, une femme est étendue sur le ventre, comme si elle dormait. Le visage de la statue me dit quelque chose. Je lis, sur le socle « Georges Pompidou ». Il ressemble pourtant à un poète, pas à un président.

 

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06 mai 2019

275

 

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En sortant de la bibliothèque, j'attends le 275. Sur le banc de l'abri, je commence à lire un des livres empruntés. Lorsque le bus arrive, je le range dans mon sac. Je n'ai pas le temps de le fermer entièrement mais je le maintiens serré contre moi à cause de la pluie. Une fois assise, je ressors le livre. Il s'agit d'un texte d'un avocat pénaliste. Il y parle de son métier mais aussi de son enfance, dans sa famille rapatriée d'Algérie. Je ne regarde rien autour de moi. Je lis. Je suis à l'intérieur du livre. Je suis en communion avec les mots. Cela faisait longtemps que je n'avais pas trouvé un texte qui me faisait cet effet. Je voudrais être capable d'écrire comme l'auteur, avec, à la fois cette clareté, cette profondeur, cette simplicité et cette sincerité.

 

Au tout début, lorsque je me suis assise et que j'ai vu que l'auteur était né en Algérie, je me suis souvenue d'un autre trajet, dans ce même bus, en sortant également de la bibliothèque. J'avais emprunté un album de jeunesse sur la guerre d'Algérie. Je le lisais. C'était en automne, les premiers froids arrivaient et j'étais un peu enrhumée. J'avais oublié de prendre un mouchoir et j'en ai demandé un à ma voisine. Elle a pu me dépanner.

- Merci beaucoup, C'est bête d'oublier ses mouchoirs à cette saison.

- Ah ! m'avait-elle dit en souriant. Je croyais que c'était votre livre qui était triste.

 

J'ai sûrement d'autres souvenirs dans ce bus. Je le vois comme un endroit à part, un petit cocon, hors du temps. Mon lieu idéal de lecture. Encore plus un jour comme aujourd'hui, quand il pleut dehors. Mais je ne le prends pas souvent, il y a une bibliothèque annexe juste en bas de mon immeuble.

 

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27 avril 2019

Demain

Bonjour à tous.

Je profite des vacances pour revenir sur la bloggosphère.

Le texte que je poste ici est un peu long, je le sais. C'est le début d'un texte beaucoup plus long encore. Pour ceux et celle qui ont le courage de le lire, je voudrais savoir si vous trouvez ce début cohérent. Et quels ont les paragraphes que je dois reprendre ? Bref, toutes vos critiques constructives sont bonnes à prendre.

 

 

Fin octobre 1995

 

La maison…

Je vais avoir tant de mal à vivre ailleurs. Je suis assise sur les marches qui vont de la cuisine au jardin. J’écoute les bruits de la nuit. Je m’apaise à la fraicheur de l’herbe, des arbres, des fleurs. Je ne m’apaise pas seulement, je me berce, je me sens enveloppée par la nature.

Un train passe. Je l'entends, au loin. Un bruit étouffé. Il va vers Paris. Ou il en revient. Saint-Lazare est à 10 minutes seulement.

 

Je regarde la lune et les choses me semblent immuables. Comme si rien ne pouvait changer. Comme si la décision de Pierre était du vent. Juste une idée comme ça, qui est passée, qui s'est envolée, qu'il a oubliée.

 

Peut-être que si d'ailleurs. Peut-être qu'il a oublié. Cela fait un mois qu'il m'a dit qu'il voulait vendre la maison, partir vivre ailleurs, qu'il nous quittait, moi et les filles. Plus de vie de famille. Ca l'oppressait. Il m'a repproché de ne pas faire d'effort, de ne pas être assez féminine, de n'être plus qu'une mère de famille. Il a même utilisé le mot « bobonne ». Peut-être a- t-il raison. Je ne sais pas. On ne se voit pas comme les autres nous voient. Il m'a dit qu'il n'était pas le seul à le penser. Que tout le monde pensait la même chose. Je n'ai rien osé répondre. J'étais trop vexée. Les jours d'après j'étais en colère, je ne sais pas contre qui. Contre moi même ou contre ces autres qui parlaient de moi en ces termes.

 

Bobonne. Là, devant la lune, au milieu des odeurs de la nuit, je ne sais pas où est la vérité, je ne sais pas qui je suis. Je sais seulement que Pierre veut partir, qu'il partira un jour, bientôt, et que tout s'effondrera ce jour là.

 

Je suis assise sur les marches qui vont de la cuisine au jardin et je ferme les yeux.

 

Quand je les ouvre, je suis nue, dans un lit, dans une chambre. La housse de couette est blanche avec des petits ronds gris-bleu, comme des petites perles. En face, il y a une affiche. Rouge, une danseuse au milieu, un titre en haut. Le saut de l'ange. La même affiche qui était dans ma chambre lorsque j'étais étudiante.

A côté de moi, un homme, cheveux noirs, peau brune. Métis. Nu lui aussi. Il semble avoir passé quarante ans. Ses tempes sont grisonnantes. Il me regarde. Il dit :

- C'est beau un corps de femme.

- Un corps d'homme aussi.

- Pas comme celui une femme … Il y a du relief … on dirait un paysage … comme dans la chanson de Johnny.

Je regarde mon corps, mes hanches, mes seins.

Je demande à l'homme :

- Ca t'a fait quoi quand il est mort ?

- Tu parles de qui ? De Johnny ?

- Oui.

Je regarde l'homme. Et là, j'ai un voile noir devant les yeux.

 

Je me retrouve assise devant la lune, sur les marches de la cuisine. J'ai une insupportable impression d'étrangeté. Je la ressens dans tout le corps. Je me sens comme tétanisée. Pendant plusieurs secondes, je ne sais plus qui je suis. J'ai envie de crier mais rien ne sort de ma gorge. Et puis, petit à petit, je reviens à moi. Je touche mes bras. Même à travers le tissus, je sens que ma peau est là. Je touche mon visage, mes joues. Dans la pénombre, je regarde le cerisier du jardin. Je ne vois pas la couleur des feuilles mais je sais qu'elles commencent à jaunir. Je suis là, chez moi. Encore chez moi pour quelques temps. Je respire. Ca va mieux. Je m'interroge alors. C'était quoi ce rêve éveillé ? Ce n'est pas la première fois que je m'imagine des histoires. Mais là, c'était différent. Je ne contrôlais rien.

 

Je reste assise à regarder la lune. Je cherche des réponses, je cherche à rationnaliser, je cherche à faire des liens. Je pense à Christelle. Cette après-midi, à la cantine, elle a parlé d'un concert de Johnny Halliday. Elle est fan. Je l'aime bien Christelle, mais je l'ai trouvée un peu ridicule à ce moment là.

 

Le lien avec le chanteur, je l'ai. Mais pouquoi l'ai-je fait mourir ? Et pourquoi ai-je revu cette affiche qui était dans ma chambre d'étudiante ? Et le lien avec l'homme, le métis ? Je ne le connais pas. Je ne l'ai jamais vu. Et puis il était vieux, plus vieux que moi. Ca ne m'intéresse pas les hommes plus vieux que moi. Pierre et moi avons juste un an d'écart. Pierre …. Pierre … pourquoi veux-tu partir ? On a tout pour être heureux. Deux jolies petites filles qui grandissent harmonieusement. Ca été difficile quand elles sont nées. Forcément, deux jumelles. Mais maintenant... regarde … tout est bien … on a une belle maison … des amis … une famille … on part en vacances … on a un travail … enfin, pour moi ce sera pour bientôt … l'année prochaine … je sais … tu ne penses pas que c'est un vrai travail … tu m'as dit que c'était un passe-temps … C'est ça le problème ? Tu m'en veux de ma reconversion ? Instit', je sais que ça ne te plait pas … le salaire est faible … « Si ça peux te rendre heureuse » as-tu dit … tu le dis à tout le monde « si ça peut la rendre heureuse » … mais c'est important pour moi tu sais … je … je … je …

 

Je regarde la lune. Dans mon monologue, je ne sais plus quoi dire à Pierre. Je soupire. Je repense à l'homme, au métis. Je repense à nos deux corps l'un à côté de l'autre. Maintenant que la phase d'incompréhension est passée, la phase de stupeur même, je peux me revoir à côté de lui. Je peux me revoir pendant le rêve éveillé. Je peux de nouveau ressentir ce que j'ai ressenti à ce moment là. J'étais bien en fait. Formidablement bien. Et si je refermais les yeux ?

 

Mes paupières sont closes et rien ne se passe. Je me souviens d'un rêve lorsque j'étais enfant. Quelqu'un m'offrait du chewing-gum dans un supermarché. C'était une chose rare, mes parents ne voulaient pas que j'en mâche. J'ai pris le chewing-gum. Je l'ai bien serré dans ma main avec l'idée qu'il serait encore là dans la vraie vie. Je crois même que ce rêve m'a réveillée, juste à ce moment là. Et je me souviens encore de ma déception.

 

 

 

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